Le Rien et l'Expérience, "Les Êtres humains et bibi le garenne"
Les Êtres humains et bibi le garenne
Je suis ce garenne, non un exemple, mais un abri creusé dans le vif des voix humaines. À chaque rencontre, j’accueille en moi la houle des gémissements, des peurs qui se heurtent en échos sourds, des plaintes qui cherchent un rivage. Un conseil, une phrase habile, suffirait peut-être à faire naître un apaisement, mais le tumulte ne m’accorde que l’ombre d’un souffle, un mot fend l’air, et déjà l’oreille se voile, l’autre corps se détourne.
Alors j’écoute davantage, chaque soupir, chaque hésitation dessine la cartographie secrète d’une angoisse. Je sens vibrer la limite ténue entre le verbe qui sauve et celui qui blesse, entre la Lumière d’une intuition juste et l’obstacle d’un malentendu. Le temps se comprime, je deviens l’arpenteur de cette brèche, tâchant de tracer un sentier dans la cacophonie.
Lorsque, enfin, le silence se répand, fugace, comme un rayon d’aube filtrant dans le terrier, c’est là que je reprends souffle. Je reviens à ma carotte et à la douceur de la terre, creusant dans l’ombre un lieu de paix. Du haut de ma colline intérieure, je contemple ces Âmes agitées, et j’apprends la Vérité douce, le seul conseil qui franchisse le vacarme est souvent celui qu’on ne prononce pas, celui que l’on porte en Silence.
Je ne suis pas un garenne de six semaines,
Je connais bien le clapier et la basse-cour.
Me promenant dans la gloriette,
J’entends jacasser, gémir, glousser, aboyer,
Glouglouter, roucouler, croasser, miauler.
Une cacophonie générale,
Ne me laisse guère le choix,
De m’exprimer, voire de glapir.
J’observe en silence ce vacarme,
Ce ballet de plaintes impétueuses.
Et quand le soir doucement tombe,
Tout ce joli monde se couche enfin.
Alors j’en profite, carotte en bouche,
Je me faufile dans un buisson,
Je creuse encore un peu mon terrier,
Et je prends la poudre d’escampette.
Au détour du chemin,
Du haut de la colline,
Le poulailler m’apparaît au loin.
La lune s’élève, timide, d’un nuage.
Le sourire aux lèvres, je reprends le sentier.
Nous ne sommes pas sortis de l’auberge,
Le mieux, c’est de ne pas y entrer.
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