Voyage avec Retour et Valise, "Le Réveil"
Le Réveil
Je ne me questionne plus sur le Sens de la vie. Je suis libre dans ma tête. Que tu croies en Dieu ou non, peu importe. Ce qui compte, c’est d’être Bon. C’est cette Pensée qui éclaire mon réveil.
Mais la Réalité me percute. Ma vue est trouble, mon corps lourd. Le bruit cadencé des machines résonne, métallique et impitoyable. Je ne peux pas bouger. La douleur est partout. Je suis silencieux, incapable de parler. Relié à des câbles, sanglé aux poignets, sale, brisé… et assoiffé. Mon palais est sec au point de me couper la langue.
Trois personnes se penchent sur moi. Deux, en retrait, semblent préoccupés sans émotion. La cheffe de service me parle : « Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? », une routine médicale sans Âme. Mais je ne peux pas répondre. L’angoisse m’étreint. Je suis vidé.
Le réveil est brutal. Je reviens d’un ailleurs merveilleux, pour replonger dans une Réalité âpre, violente.
Plus tard, une infirmière, un Ange aux lèvres tendres, s’approche. Elle me demande si tout va bien. Ce simple geste, cette empathie, me rend vivant. C’est une bouffée d’apaisement.
Puis elle revient, l’interrogatrice. Les mêmes questions encore. Je dis « Rennes ». Elle me corrige : « Nous sommes à Nantes. » Ce mot résonne : « rebelle ». Agité, incompris.
Ce retour dans le monde ressemble à une seconde naissance. Sauf qu’ici, il n’y a ni douceur, ni tendresse. Juste des voix qui crient : « Ouvrez les yeux ! Serrez ma main si vous m’entendez ! » C’est une naissance par le choc.
Les premières heures sont une épreuve. Le sérum qui s’infiltre dans mes veines semble humidifier mes larmes. Le masque d’oxygène, ce « nez de cochon », m’empêche même de goûter ma tristesse. Et la soif… la soif est abyssale.
Enfin, une infirmière arrive, divine porteuse d’eau. Une bouteille, une petite cuillère, et un sourire discret. Avant de boire, on remplace le masque par des tubes, et on retire les croûtes de mon palais. Chaque goutte, chaque mouvement est un miracle. Elle me félicite, je n’ai pas aspiré le liquide. Je souris, je suis encore là.
Le ballet hospitalier ne s’arrête jamais. Une infirmière écrit le compte-rendu du jour, une autre prépare les perfusions. Mon box n’est jamais silencieux.
Mes poignets restent attachés pendant des jours. C’est dur. Insoutenable. Petit à petit, on me détache, on retire les machines. À la fin, il ne reste que l’oxygène et une perfusion. La liberté revient lentement.
Le jour du festin, un plateau arrive. Une compote, une bouteille d’eau. Je tente d’ouvrir le bouchon. Impossible. Je ris intérieurement : ont-ils mis de la colle ? Je sonne. Une infirmière entre, furieuse, me lance un regard noir. Je lui souris : « Je ne peux pas ouvrir la bouteille. » Elle me la dépose, froide. Je comprends : ce n’est pas une blague. L’épuisement est roi ici.
Je mange deux cuillères. Je bois une gorgée. Je suis vidé. Ma condition est lamentable. Il me faudra du Temps.
Puis vient la toilette. Un soin à trois. Deux lavent mon corps, un me rase. Je me brosse les dents. On change les draps. Je sens bon. Et je m’endors.
Les toilettes sont un défi. Le bassin m’irrite une escarre. Je souffre. Je suis seul. Et je gère maladroitement.
Deux infirmières parlent de leur quotidien en me lavant. Elles m’oublient. Et franchement, ça me va.
Les visites commencent. Masqué, sanglé, je suis un spectre. Ma femme arrive. Émue. On se retrouve. Puis mes enfants, mes amis. C’est douloureux. Je fais comprendre à ma fille de retirer le masque. Elle le fait. Je vomis. J’ai honte.
Je ne peux pas me tenir debout. Le kiné m’aide. Un pas. Puis un autre. Un mètre. Une victoire.
Je quitte la réanimation, en fauteuil. Direction pneumologie. À l’entrée, deux infirmières discutent avec moi. L’une parle de chance. L’autre de miracle.
Je quitte ce service, encore sonné. Interrogatif. Médusé.
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