Voyage avec Retour et Valise, "Objectif : sortir"
Objectif : sortir
Le réveil fut rude. L’accueil, glacial. Personne ne m’écoute. Alors je me suis promis de ne pas parler de mon coma, de peur qu’on me garde. Mon seul objectif : sortir, et vite.
Je suis encore relié à l’oxymètre de pouls, à une perfusion de sérum physiologique, et je respire de l’oxygène par le nez. Autant dire : « service vacances ». Je progresse. Je tiens debout. Je vais aux toilettes. Mais la douche reste hors de portée, vingt mètres à gauche, puis à droite dans le couloir. C’est mon prochain défi.
Il me faut une saturation à 95. L’infirmière m’annonce 88. Je lui demande de recommencer, je ne suis pas prêt. Elle me regarde, vérifie à nouveau, et trouve 99. Elle m’enlève l’oxygène.
Le lendemain matin, mon tour pour la douche est réservé. Deux infirmières m’y accompagnent. Après bien des efforts, je suis assis sur une chaise, l’eau coule sur mon visage, sur mon corps. C’est magique.
Le jour suivant, je pars seul. Je m’accroche à la rampe du couloir, avance lentement. Je suis épuisé, mais ma motivation est plus forte que la fatigue. J’arrive sous la douche. Je suis heureux. Le retour est long, mais deux chaises vides m’offrent des haltes. Je m’écroule dans mon lit.
Mon prochain défi, marcher, marcher encore, jusqu’à la cafétéria. Puis descendre et monter les escaliers. Et enfin, humer l’air extérieur. La sortie. Le retour à la maison.
Quand nous avons vu la psychologue pour lui raconter mon Expérience, j’ai appris qu’on me droguait, et que mes « délires » en étaient le résultat. Mon laisser-passer pour sortir sentait le roussi. Alors je lui ai dit qu’elle avait raison, avec un sourire complaisant.
Je suis au début de mes désillusions. Personne ne m’écoute. Et pourtant, dans ma tête, je vais très bien. Je suis plein d’optimisme. Confiant.
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