Voyage avec Retour et Valise, "Seul"
Seul
L’Être humain ne croit que ce qu’il voit. Dans le doute, il espère malgré tout, rêvant qu’un jour il touchera la Vérité.
Il pense.
Et puis, ce jour arrive. Par hasard. Il s’étonne de la justesse de ce vécu, s’interroge sur la projection de ce film intérieur. Il en est l’acteur principal, mais il n’est pas comédien. Le décor est grandiose, mais il n’est pas artiste. Le scénario est finement tissé, mais il n’est ni auteur ni compositeur. L’émotion qui l’envahit est puissante. Ce n’est pas un rêve.
C’est du grand art.
Dans la salle, il regarde autour de lui. Il est seul. Tout seul. Seul seulement. Unique solitaire. Il se lève, n’applaudit pas aux mots « fin retour », traverse les rangées de strapontins vers la sortie, pousse la porte, et se noie dans la foule.
Seul.
Marie, « mon amour à moi », choisit de parler de son vécu pendant mon coma, lors de notre rendez-vous avec la psychologue.
Marie dit :
« Aux urgences, le diagnostic de l’urgentiste était sombre. J’ai vu mon mari partir sur un brancard, entouré d’infirmiers. Je suis restée figée. Plus tard, l’urgentiste m’a rejointe en salle d’attente et m’a demandé si j’allais bien. Je ne comprenais rien. Quand j’ai appris son transfert en hélicoptère, dans le coma, j’étais en état de choc. Un médecin m’a auscultée, m’a donné un traitement pour mes poumons. Mes enfants, ma famille venue de Bourgogne, de Paris, de Seine-et-Marne, et nos amis de tous horizons sont venus chaque jour à l’hôpital pour me soutenir. Le lendemain, le 31 décembre au soir, le chef de service de réanimation m’a appelée. Il m’a dit que les jours de mon mari étaient comptés. Qu’il fallait se préparer à la fin. »
Je suis là. Je l’écoute. Je la regarde avec Amour. Marie revit son calvaire. Et moi, je ressens à nouveau la culpabilité de son désarroi. Mais cette fois, je peux poser ma main sur la sienne.
Il y a la Réalité de la maladie, vécue par mes proches dans les couloirs de l’hôpital. Et il y a la Réalité de l’Expérience, celle du coma, vécue de mon côté.
J’écoute chacun me raconter son inquiétude, son désarroi. Mais dès que je parle de ce que j’ai vécu dans le coma, on me regarde étrangement. On m’interrompt, prétextant un délire.
Alors j’ai décidé de me taire.
On apprend à écouter les autres.
Et à ne plus parler.
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